Les 100 premiers jours de Roosevelt
Par Guillaume Serina | 23/04/2009 | Catégorie: Hebdo, Histoire
Los Angeles (Californie) - France USA Media
Dans le livre Nothing to fear, le journaliste Adam Cohen retrace les cent premiers jours de Franklin Delano Roosevelt à la Maison Blanche. Pour ce responsable éditorial au New York Times, il y a “de nombreuses similarités entre Roosevelt et Obama”, ajoutant que le président actuel traverse la plus grave crise depuis la Grande Dépression. Entretien.
Lorsque Roosevelt bat le président sortant Herbert Hoover et au moment où il entre à la Maison Blanche, en mars 1933, dans quelle situation se trouve l’Amérique ?
Le pays était plongé dans une crise bien plus grave que celle que nous connaissons actuellement. Le taux de chômage touchait 25% de la population active, la bourse avait chuté de 85%. Les signaux d’une dépression économique profonde se multipliaient partout dans le pays. Il y avait des villages entiers de gens vivant sous la tente - des sans logis - que l’on surnommait les “Hoovervilles”, du nom du président. Mais en 1933-34, la crise frappait déjà depuis plusieurs années.
Pourquoi écrivez-vous que les 100 premiers jours de Roosevelt et le New Deal sont la troisième révolution américaine ?
Une révolution change la nature d’un pays profondément. Il y a eu la révolution américaine, avec l’Indépendance et George Washington. La guerre de Sécession (civil war) fut aussi une révolution, dans le sens où tous les citoyens n’étaient pas égaux et où l’abolition de l’esclavage changea radicalement le rapport des gens avec leur pays. Le New Deal a également une portée historique forte. Jusqu’alors, le gouvernement fédéral était assez petit : il y avait juste des bureaux, quelques services comme laposte et évidemment l’armée et la marine. Avec le New Deal et les lois concernant le soutien à l’industrie, à l’agriculture (des chèques sont envoyés aux fermiers) et la mise en place d’un Etat qui s’occupe de ses citoyens (le Welfare state), c’est une révolution, une conception radicalement différente du gouvernement.
Quel rôle joua la secrétaire au Travail Frances Perkins au cours de ces 100 premiers jours ?
Perkins est un personnage unique dans l’histoire américaine et elle est en quelque sortes l’héroïne du livre. Elle vient du Massachusetts et grandit dans une famille conservative de classe moyenne. Elle rompt avec cette famille et devient travailleuse sociale dans les quartiers défavorisés de Chicago, puis de New York. A Manhattan, elle est témoin du terrible incendie d’usine qui tue plus de trente personnes et décide de s’engager pour les droits des travailleurs. Elle rencontre Roosevelt et travaille à ses côtés depuis son premier jour comme gouverneur de l’Etat de New York…et elle restera à ses côtés jusqu’à sa mort. Frances Perkins fut la première ministre femme des Etats-Unis et elle fut la seule à rester lors des quatre mandats de Roosevelt. Au cours des 100 premiers jours, elle est celle qui initie le Welfare State. Plus tard, elle crééra le comité qui accouchera de la Social Security (le système des retraites). En quelques sortes, elle était la conscience de Franklin Roosevelt.
Quel type de président était FDR, au sein du gouverment ? Comment travaillait-il ?
Perkins pensait qu’il était un peu dur, mais que la polio l’avait adouci et ouvert son esprit. Elle n’avait pas tort. Roosevelt excellait à s’entourer de gens de qualité. Il aimait écouter différentes opinions, des idées nouvelles de personnes très différentes. Puis il prenait les décisions adéquates. C’était un excellent meneur d’équipe.
En cela, peut-on le comparer à Barack Obama ?
Absolument. On peut les rapprocher sur de nombreux domaines, notamment leur qualité de communicant. Roosevelt fut le premier à s’adresser à ses compatriotes directement, par le biais de la radio, chaque semaine. Obama est le premier à le faire par Internet. Ils ont le même impact sur les gens et ils sont tous deux des politiciens très fins.
Ces deux présidents arrivent au pouvoir en temps de grave crise et prennent des mesures radicales…
Oui. Les 100 premiers jours d’Obama sont sans conteste les plus “gros” cent jours depuis Roosevelt. Le nombre de fronts ouverts par l’administration Obama pour faire face à la crise est impressionnant et l’Amérique vit sa plus grave crise depuis Roosevelt.
Nothing to Fear, FDR’s Inner Circle and the Hundred Days That Created Modern America, de Adam Cohen. Penguin Press, 2009.
