“Giscard a pris Ford et Carter de haut” - France USA Media

“Giscard a pris Ford et Carter de haut”

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Ancien grand reporter et aujourd’hui journaliste indépendant et auteur, Vincent Nouzille a pu consulter les archives de la CIA, de la Maison Blanche et du Département d’Etat. Pendant de nombreux mois, il a méticuleusement analysé les notes des autorités américaines sur la France et ses dirigeants, de la fondation de la Cinquième République à nos jours, recoupant avec les versions des mêmes faits, selon les sources de l’Elysée et du Quai d’Orsay. Le résultat est un premier tome impressionnant de détails : “Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la Maison Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents. 1958-1981″ (ed. Fayard). La suite fera l’object d’un second tome, de Mitterrand à Sarkozy. Entretien en deux épisodes. 2/2


Après le départ du général de Gaulle, Pompidou est vu comme un Atlantiste. Comment expliquez-vous que sa visite en Amérique tourne au fiasco ?

Lorsqu’il arrive à l’Elysée, Georges Pompidou est vu comme un ami solide des Etats-Unis par les Américains. Ils pensent qu’il va tout de même poursuivre la politique d’indépendance de De Gaulle, mais moins frontalement. Mais il décide de vendre des mirages à la Libye du colonel Khadafi. Juste avant sa visite aux Etats-Unis, ses conseillers lui font part du risque que constitue la réaction de la communauté juive américaine. Pompidou n’en tient pas compte et entretient des relations cordiales avec Richard Nixon. Mais la visite est un fiasco total ! (Le couple Pompidou est physiquement et verbalement agressé à Chicago notamment et il faudra un voyage express de Nixon en personne à New York pour montrer la solidité du couple franco-américain à l’opinion publique, NDLR).

Finalement, Pompidou se victimise, se sert de l’événement. Il a obtenu les excuses du président américain et ne lui en veut pas de la vente des mirages à la Libye. Dans le livre, je révèle que Pompidou vend aussi des mirages en pièces détachées à Israël en douce. Il donne du lest, c’est un double jeu.

Mais Pompidou a eu très peur et ne veut plus remettre les pieds en Amérique. Les deux futurs sommets entre présidents auront d’ailleurs lieu à mi-chemin, aux Açores et en Islande.

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Sur le fond, la France et les Etats-Unis se rapprochent-ils ?

Pour les Américains, Pompidou s’avère plus ouvert que prévu. Mais en 1973-1974, avec le choc pétrolier et la guerre du Kippour, les événements les éloignent. La France est suspectée d’être devenue pro-arabe, comme l’inclinaison du ministre des Affaires étrangères Michel Jobert.

La mort de Pompidou prend tout le monde de court. Mais les espions américains ont déjà leur opinion sur Valéry Giscard d’Estaing. Quelle est-elle ?

Il est plutôt bien vu, les Américains sont rassurés sur son atlantisme lorsqu’ils se renseignent sur lui alors qu’il est ministre des Finances. D’ailleurs, dès le début de l’année 1974, il prévient les Américains sur ce qu’il va se passer : le ralliement de Chirac et des néogaullistes à sa candidature future, l’échec de la gauche, etc. Ses débuts sont très bons, Giscard parle l’Anglais parfaitement, les convergences de vues sur les dossiers sont nombreuses. Il crée le G5, qui deviendra le G7. Giscard insiste sur des relations personnalisées avec les autres chefs d’Etat.

Mais très vite, il va agacer les Américains. Il est considéré comme un donneur de leçon. Le président français prend les présidents Ford et Carter de haut et s’estime le seul leader européen avec une réelle stature…alors que les Américains pensent que le vrai leader est Helmut Schmidt, le chancelier allemand. Bref, les relations s’enveniment entre les cabinets. L’Elysée considère Carter comme un traitre car il s’entend bien avec Mitterrand : Giscard devra même pousser une colère personnellement pour que le président américain ne reçoive pas le leader de la gauche française. Carter viendra donc donner un coup de main à Giscard en pleine campagne des legislatives de 1978 ! Drôle d’ingérence dans les affaires françaises.

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Les Américains voient-ils Mitterrand, le socialiste, d’un bon oeil ?

François Mitterrand, depuis le milieu des années 60, rencontre régulièrement les Américains, via l’ambassade à Paris. Il les séduit par son caractère atypique et visionnaire. Il leur dit exactement ce qu’il va se passer et il joue carte sur table, en révélant sa stratégie électorale des années à l’avance : il leur annonce qu’il va faire le programme commun, mais qu’il compte affaiblir le Parti communiste français. Il leur dit que lorsqu’il sera au pouvoir, il demeurera un fidèle allié de l’Amérique. Les Américains, obsédés par la sécurité de l’Europe en pleine Guerre Froide, sont donc rassurés. Bref, à leurs yeux, Mitterrand est crédible. Et 1981 va arriver…

Le blog de l’auteur : www.lesinfos.com/nouzille

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1 commentaire
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  1. Merci Monsieur Serina de votre travail et votre journal, without it , we could not be the same.
    J’aime bien le lire le dimanche apres midi, quand tout est calme autour de moi.
    Je suis aussi contente de toujours le partager avec mes ami(e)s, et m’engage a le faire plus souvent.
    Nous travaillons a vos cotes sur le dossier d’homologation de l’ecole, en esperant une victoire.
    A tres bientot,
    Cordialement,
    Joelle Dumas
    LAClairefontaine.org

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