“Kennedy s’est frontalement heurté à De Gaulle”

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Ancien grand reporter et aujourd’hui journaliste indépendant et auteur, Vincent Nouzille a pu consulter les archives de la CIA, de la Maison Blanche et du Département d’Etat. Pendant de nombreux mois, il a méticuleusement analysé les notes des autorités américaines sur la France et ses dirigeants, de la fondation de la Cinquième République à nos jours, recoupant avec les versions des mêmes faits, selon les sources de l’Elysée et du Quai d’Orsay. Le résultat est un premier tome impressionnant de détails : “Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la Maison Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents. 1958-1981″ (ed. Fayard). La suite fera l’object d’un second tome, de Mitterrand à Sarkozy. Entretien en deux épisodes. 1/

Le livre commence avec le retour de De Gaulle sur la scène politique et l’avènement de la Cinquième République. Pendant ses dix ans au pouvoir, on retient que les Américains ont beaucoup de mal à comprendre De Gaulle…

Ils ne savaient déjà pas comment le prendre pendant la Seconde guerre mondiale. Après son retour au pouvoir, il sera de plus en plus encombrant, occupant tout le paysage politique. De Gaulle, à ce moment-là, a une revanche à prendre sur la Quatrième République, considérée comme sous tutelle américaine. Il est vrai que la CIA finance plusieurs personnalités dont le socialiste Guy Mollet et que les Américains aident le régime économiquement (Plan Marshall) et militairement (avec le financement de la guerre d’Indochine en partie)

Qu’est-ce qui gène le plus les Américains chez De Gaulle ?

Il a une vision d’indépendance nationale ou de grandeur perdue à retrouver. Il s’estime l’égal des plus grands, c’est-à-dire des trois grands vainqueurs de la Guerre : Américains, Britanniques et Soviétiques. Il se prend pour l’un des maîtres du monde, il pense que la France a des choses à dire sur tous les grands dossiers. En juin 1958, il propose à Dulles (le secrétaire d’Etat) et au président Eisenhower un directoire à trois du monde libre ! Il heurte les Américains dans sa proposition d’une voie tierce. Pour les Américains, en pleine Guerre Froide, les alliés doivent être des alignés. Et le seul qui leur dit “merde”, c’est De Gaulle.

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Comment les mémos que vous citez décrivent-ils la psychologie supposée de De Gaulle?

Les Américains l’estiment ombrageux, incontrôlable. La visite de John Kennedy à Paris en 1961 est un exemple formidable des faux-semblant d’un grand sommet international. Le couple présidentiel américain est reçu avec les plus grands honneurs du protocole, mais les deux hommes ne s’entendent pas. Kennedy se heurte frontalement à De Gaulle.

Mais ils doivent faire avec le “général”…

Sur la guerre d’Algérie ou la stratégie de De Gaulle vis-à-vis de l’OTAN, ils s’affrontent durement. Les Américains sont farouchement pour l’indépendance de l’Algérie et De Gaulle ne veut pas se laisser forcer la main. Il déteste l’ingérence et le financement, par les Américains, de groupes armés au Maroc et en Tunisie qui aident la rebellion algérienne. Pour Washington, cette guerre distrait la France et affaiblit toute l’Alliance atlantique. Cela dit, ils respectent De Gaulle. Malgré la proximité de certains généraux putschistes avec le Pentagone, le gouvernement américain ne les soutient pas.

Il ne faut pas oublier le contexte : nous sommes en pleine Guerre Froide et la priorité des Américains est la lutte contre le communisme. Et donc soutenir la France, la renforcer face à un Parti communiste qui est puissant. Ainsi, malgré les coups de canif de De Gaulle à l’OTAN, malgré la guerre d’Algérie, malgré la bombe atomique française, les Etats-Unis sont obligés de faire avec. Les Américains sont pragmatiques.

Quelles relations De Gaulle entretient-il ensuite avec Lyndon Johnson ?

Entre la visite de Kennedy en 1961 et celle de Nixon en 1969, il n’y a aucun sommet entre les deux pays, rendez-vous compte ! De Gaulle a une grande animosité envers Johnson, qu’il considère comme un provincial Texan qui n’est pas à la hauteur. LBJ le lui rend bien, estimant que le général est un autocrate à la limite de la sénilité. Cette animosité repose surtout sur des divergences politiques. De Gaulle critique vertement le bourbier du Vietnam. Où qu’il soit, de Phnom Penh au Canada, sur l’OTAN ou la bombe, De Gaulle fait tout pour agacer les Américains. A une exception de taille : celle de crise des missiles à Cuba, où De Gaulle fait preuve d’une solidarité sans faille.

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En revanche, l’arrivée à la Maison Blanche de Richard Nixon semble arranger les choses…

Oui, dès qu’il est investi, Nixon se rend en France, en février 1969, quelques semaines avant la démission de De Gaulle. Et on observe un changement radical de climat. Les deux hommes s’estiment. Nixon est un grand admirateur de “De Gaulle la figure historique” et De Gaulle a accueilli Nixon à l’Elysée pendant sa traversée du désert. Leur rencontre est extraordinaire. De Gaulle influence même Nixon sur le Vietnam, l’ouverture à la Chine et à l’URSS. Et comme la France a déjà fait exploser sa bombe H en 1968, la voici dans le club des grandes puissances. Les Etats-Unis en prennent acte et décident même d’aider. C’est un grand changement.

A suivre…

Le blog de l’auteur : www.lesinfos.com/nouzille

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  1. [...] Guillaume Serina, journaliste français basé à Los Angeles, animateur de l’agence de presse France US Media, m’a interrogé longuement sur mon livre “Des secrets si bien gardés” et il a mis en ligne la première partie de cet interview sur le blog de son agence, intitulé le “Ben Franklin Post“. Découvrez ce blog plein d’infos sur les USA et  retrouvez cette interview ici [...]

  2. [...] Guillaume Serina, journaliste français basé à Los Angeles, animateur de l’agence de presse France USA Media, m’a interrogé longuement sur mon livre “Des secrets si bien gardés” et il a mis en ligne la deuxième partie de cette interview sur le blog de son agence, intitulé le “Ben Franklin Post“. Découvrez ce blog plein d’infos sur les USA et  retrouvez  la première partie  ici [...]

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