Chute du Mur de Berlin : le témoignage de George Bush - France USA Media

Chute du Mur de Berlin : le témoignage de George Bush

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait et entraînera plus tard avec lui le système communiste en Europe de l’Est. Les Etats-Unis, fidèles soutiens de l’Allemagne de l’Ouest depuis sa fondation en 1949, suivent de près les événements et la politique de Perestroïka du leader soviétique Gorbatchev. George Bush, élu en novembre 1988 et président depuis janvier 1989, assiste en direct au délitement de “l’ennemi de l’Est”.

Dans le cadre de ce 20ème anniversaire, France USA Media a choisi de diffuser un extrait des mémoires de l’ancien président américain. Comme tout livre de ce type, il est à prendre avec le recul nécessaire. Mais le témoignage direct de celui qui occupe alors la Maison Blanche est édifiant et apporte un angle “américain” à cet événement européen.

George Bush, avec Brent Scowcroft, A la Maison Blanche, 4 ans pour changer le monde, editions Odile Jacob, 1999. Pages 164-167

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9 novembre 1989

“J’étais à mon bureau, en milieu d’après-midi, lorsque Brent, totalement surexcité, est entré pour me dire que certains rapports faisaient état de l’ouverture du mur de Berlin. Nous sommes allés dans le petit bureau qui jouxte le bureau ovale et j’ai allumé la télévision, où pouvait voir en direct des foules joyeuses defiler dans les rues de Berlin. Quelques instants plus tard, Marlin Fitzwater est arrivé avec quelques témoignages qu’il avait reçus du service des dépêches. Il m’a suggéré de faire une déclaration à la presse. Même si j’étais ravi de ce qui était en train de se produire, je ne voulais pas faire de commentaire hâtif. Ces nouvelles n’avaient toujours pas été confirmées, et je ne voulais pas me lancer avant de connaître tous les détails. Par-dessus tout, je savais que nous devions faire attention à la façon dont nous allions réagir à ces événements. Je devais anticiper la réaction de Gorbatchev, et celle de son opposition. Comme l’a fait remarqué Brent, il ne s’agissait pas de se réjouir trop bruyamment de ce que beaucoup d’Occidentaux allaient interpreter comme une défaite pour Gorbatchev.

Marlin a suggéré que nous convoquions les journalistes pour une conférence de presse impromptue et rapide, dans ce bureau même. Cela me semblait beaucoup mieux qu’une déclaration officielle, qui, selon moi, n’aurait pas eu le ton approprié. Peu après, le service de presse de la Maison Blanche se pressait dans le bureau ovale, caméras, éclairages et enregistreurs au poing. J’étais assis à mon bureau, serré de près par les journalistes ; parmi eux Lesley Stahl était quasiment debout à côté de mon fauteuil.

J’ai trouvé cette conférence de presse très étranger et assez désagréable. La presse voulait que je fasse un résumé de cet événement historique. Bien sûr, j’étais très satisfait de ce qui se passait à Berlin, mais alors que je répondais aux questions, je ne pouvais pas m’empêcher de pernser à l’éventualité d’une réaction violente de la part de l’URSS, ce qui aurait, d’un coup, transformé cette explosion de joie en véritable tragédie. Mes réponses ont été prudetes. J’ai essayé d’expliquer que nous gérions la situation de manière à ne pas provoquer les Soviétiques. Lesley, arc-boutée au-dessus de ma tête, a remarqué : “C’est tout de même une grande victoire pour notre camp dans la grande bataille Est-Ouest, et vous ne semblez pas véritablement satisfait. Je me demande si vous percevez toute l’ampleur de la situation.

-       Je ne suis pas très émotif, ai-je répondu.

-       Mais êtes-vous vraiment satisfait ? a-t-elle demandé.

-       Je suis très content”, ai-je répondu sur le même ton.

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On me bombardait de remarques sur l’impression que donnait cet échange. Stahl et d’autres en avaient conclu, soit que je ne percevais pas la signification de ce qui était en train de se produire, soit que je ne m’en souciais pas le moins du monde. Pourtant, rien n’était plus loin de la vérité. Je comprenais parfaitement ce que devaient ressentir tous ces Berlinois que nous avions vus danser dans les rues. Je m’étais rendu au pied du mur lorsque j’étais vice-président, en compagnie de Kohl et du maire de Berlin-Ouest, Richard von Weiwsacker. Ils m’avaient montré l’endroit où de jeunes Allemands de l’Est avaient été abattus alors qu’ils tentaient de passer à l’Ouest, et ils m’avaient donné tous les détails horribles de l’histoire. Je m’étais également rendu dans la ville de Moedelreuth, au centre de laquelle passait la frontière entre les deux Allemagne. Je savais que ces deux grandes familles seraient un jour à nouveau réunies, et que tous ces gens pourraient à nouveau aller et venir comme ils l’entendaient et jouir de cette liberté qui nous était si naturelle. Mais si nous voulions voir tout cela se concrétiser, nous devions faire attention à ne pas interrompre le processus qui venait de s’enclencher. Une seule fausse manoeuvre pouvait anéantir toute la joie dont nous étions témoins. Le sénateur George Mitchell, Dick Gephardt, membre du Congrès, et d’autres démocrates ont rapidement suggéré que j’aille à Berlin “danser” sur le Mur. C’était incense. Kohl m’a dit plus tard à quel point une telle action de ma part aurait été stupide. Cela serait revenu à jeter de l’huile sur le feu, à provoquer ouvertement une réaction militaire de la part des Soviétiques.

En fait, la réaction soviétique à l’effondrement du Mur a été marquée par la panique. Le jour où le Mur a été percé, Gorbatchev a envoyé des messages à Kohl, le mettant en garde contre toute allusion à la reunification, et il m’a demandé par câble de ne pas réagir de façon trop démonstrative. Il avait peur que les manifestations ne finissent pas échapper à tout contrôle, et que “les conséquences en soient imprévisibles”, il nous demandait de faire preuve de compréhension. C’était la première fois que Gorbatchev faisait clairement part de son inquiétude à propos des événements en Europe de l’Est. Jusqu’à présent, il était toujours apparu détendu, voire blasé, vis-à-vis du processus qui éloignait de plus en plus rapidement la région du communism et du contrôle soviétique. Alors que je lisais ce câble, je repensais à la suggestion aberrante des membres du Congrès.

(…)

Kohl, encore secoué par les événements vertigineux de Berlin, m’a appelé dans l’après-midi qui a suivi la chute du Mur pour me décrire ce qui se passait. “C’est comme si j’assistais à un gigantesque festival, a-t-il déclaré avec enthousiasme. Les frontières sont totalement ouvertes”. Il pensait ou espérait que les gens allaient désormais se contenter de passer et repasser la frontière au lieu de fuir à l’Ouest. La liberté de mouvement ne serait efficace que si la RDA mettait en place un plan de réformes. Il avait des doutes à ce sujet. “Krenz mènera des réformes, mais je pense qu’elles seront limitées…Je pense que la situation peut se prolonger pendant quelques semaines, et qu’au bout de cette période, les gens vont attendre de voir si les réformes arrivent…mais si aucune lumière ne vient annoncer le bout du tunnel, ils quitteront l’Allemagne de l’Est en très grand nombre”. Une telle éventualité aurait des “conséquences catastrophiques sur le développement économique, prévenait-il. Des gens de valeur - médecins, avocats, spécialistes - quittaient le pays, et ne pourraient être remplacés. “Plus de cent trente mille personnes sont déjà en RFA, la plupart sont jeunes et ont entre vingt-cinq et trente ans. Ils peuvent espérer gagner davantage ici.” Kohl, exubérant, a ajouté que “sans les Etats-Unis les événements de la journée n’auraient pas été possibles. Dites cela au peuple américain”.

Copyright photo : Presidential Library George H.W.Bush : bushlibrary.tamu.edu

Editions Odile Jacob :

www.odilejacob.fr

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