Obama, un an après
Par Guillaume Serina | 20/01/2010 | Catégorie: Humeur du Jour, Politique USWashington, D.C.
Anne Audbourg - France USA Media
Barack Obama se serait bien passé de ce « cadeau » d’anniversaire. La victoire mardi soir dans le Massachusetts du républicain Scott Brown face à la démocrate Martha Coakley vient clore une année de pouvoir au bilan mitigé pour le 44e président américain. Etait en jeu le poste de sénateur occupé depuis près de 50 ans par Edward Kennedy, disparu en août dernier. Conséquence directe de cette défaite historique pour les démocrates, ils perdent leur majorité qualifiée de 60 voix au Sénat, qui leur avait permis d’adopter un projet de réforme du système de santé en bloquant toute obstruction républicaine. Les démocrates vont devoir trouver un plan B pour faire passer cette réforme au plus vite. Ce coup dur pour Barack Obama contraste de façon saisissante avec l’ambiance qui régnait à Washington, il y a un an.
Le 20 janvier 2009, l’investiture du premier président noir américain suscitait une ferveur extraordinaire aux Etats-Unis. Barack Obama semblait disposer d’un capital politique et de sympathie quasi illimité. Aujourd’hui, il ne recueille plus que 50% d’opinions positives sur son action. Avec un taux de chômage au plus haut depuis 1983 (à 10%), deux guerres menées à l’étranger, des projets de réforme qui patinent, l’année 2010 s’annonce difficile pour le président et son parti.

Barack Obama peut néanmoins mettre plusieurs changements à son crédit.
Sur la scène internationale, il a contribué à restaurer l’image de son pays. Deux jours après son investiture, il a interdit la pratique de la torture lors des interrogatoires de la CIA et promis la fermeture du centre de détention de Guantanamo dans un délai d’un an (l’échéance ne sera pas tenue). Plus récemment, sa réaction immédiate après le séisme à Haïti, avec l’envoi de milliers de secouristes et de militaires sur place et l’octroi d’une aide de 100 millions de dollars, constitue un sans-faute.
Barack Obama s’est rendu dans 20 pays au cours de sa première année au pouvoir, un record. Il a tendu la main au monde musulman dans ses discours à Ankara et au Caire, répétant que « l’Amérique n’est pas en guerre contre l’islam ».
Mais sa politique du dialogue n’a apporté aucun résultat tangible avec l’Iran ou la Corée du Nord en matière de nucléaire. Dans le dossier israélo-palestinien, aucune avancée non plus n’a été enregistrée.
Le Prix Nobel de la Paix 2009, qui a hérité de deux guerres en Irak et en Afghanistan, a endossé son rôle de « Commandant en chef ». Il a certes annoncé que le retrait des troupes de combat américaines d’Irak s’achèverait en août 2010 mais dans le même temps, il a presque triplé le nombre de soldats américains en Afghanistan. Et multiplié les missions des drones américains au Pakistan.
Mais c’est sur la scène intérieure que le 44ème président américain a fort à faire. Son plan de relance de 787 milliards de dollars promulgué en février a permis d’éviter que le pays ne sombre dans la récession. Mais la lente reprise économique se fait pour l’instant sans création d’emploi, le souci numéro un des Américains. Quant aux autres réformes, sur la régulation financière ou l’énergie, elles sont toujours en souffrance au Congrès. Et les élections de mi-mandat, en novembre prochain, pourraient rendre plus frileux certains parlementaires démocrates, soucieux de garder leur siège.
Les Américains ont aussi été déçus par le style Obama : il avait promis la transparence et une action au-dessus des clivages politiques. Résultat, la communication de la Maison Blanche est parfaitement verrouillée. Quant aux lobbyistes, ils n’ont jamais été aussi actifs que pendant les négociations autour de la réforme de la santé et l’atmosphère politique est décrite comme « toxique » à Washington.


Mais comment a-t’il pu déclarer …
Depuis des décennies, l’usage de la puissance des USA n’est pas pour soumettre les autres …
C’est le sens des propos tenus le 15 janvier par Barack Obama au magazine Newsweek, article repris dans Le Monde, au-sujet de l’intervention en Haïti.
Cf détails sur Pnyx: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/502
C’est pas un peu too much, Mr Obama ? … faire comme s’il n’y avait jamais eu l’épisode irakien … Finalement, ce qui transparait clairement dans une sorte de volontarisme “nationaliste”, c’est que sur la thématique du leadership des USA, Barack Obama saisit ce drame pour marquer l’autorité de sa présidence, qu’il a décidé de tourner la page de la repentance, certainement dans un objectif d’unification du peuple états-unien, mais sans doute aussi, à l’attention de l’ensemble de la planète: We are the Boss and, Yes, we can !
Pour ceux qui doutaient encore que ce président serait celui de la reconstruction de la puissance …
Cette réflexion n’enlève rien, bien-sûr, au fait que, dans sa dimension humanitaire, et pour le bénéfice du peuple haïtien qui en tant et si urgemment besoin, la vigueur de cet engagement est absolument formidable !