Terrorisme : les Etats-Unis doutent de leurs services de renseignement - France USA Media

Terrorisme : les Etats-Unis doutent de leurs services de renseignement

Los Angeles (Californie) - France USA Media

Brian Michael Jenkins, militaire de carrière, est spécialiste des questions de terrorisme. Membre du conseil sur la sécurité aérienne de la Maison Blanche, consultant à la Rand Corporation, un think tank de Los Angeles, il décrypte la faillite supposée des services de renseignement américains après l’attaque manquée du vol Amsterdam-Detroit. Entretien.

Reagan National Airport
Avez-vous été surpris par la tentative d’attentat sur l’avion de la Northwest Airlines, le jour de Noël ?
Je n’ai pas du tout été surpris. Les terroristes sont obsédés par les attaques contre des avions, et ce phénomène ne date pas d’hier. Le premier détournement date de 1968, le premier sabotage de 1970. Quatre décénies plus tard, nous sommes au même point. Les terroristes sont toujours aussi determinés à faire sauter des avions. Depuis le 11 Septembre 2001, nous avions eu la tentative à la chaussure explosive, puis une autre en 2006. D’autres complots ont été démentelés avant leur exécution. Il est raisonnable de penser que les terroristes vont continuer à essayer à commettre des attentats contre les avions.

Avec des mesures de sécurité toujours plus renforcées ces dernières années, vous n’avez pas été surpris que Abdul Farouk Abdulmutallab ait pu entrer dans l’avion avec de tels explosifs ?
Non. A partir du moment que l’on augmente le niveau de sécurité, il faut s’attendre à ce que les terroristes tentent de relever le défi et de trouver des failles à nos systèmes. Plus il y aura de pression, plus il y aura de motivation de leur part. La vraie question, ce n’est pas la prévention, mais la réduction du risque terroriste. L’accumulation des mesures de sécurité récentes a rendu leur tâche plus difficile. Les terroristes sont maintenant obligés de recruter des gens qui se feront sauter. Cela les oblige à prendre le risque de la miniaturisation des explosifs, de recourir à des explosifs moins fiables, etc. Bref, la possibilité de l’échec, même une fois à bord de l’appareil, est grande. C’est ce qui s’est passé à Noël. La menace est dynamique, elle evolue.

NWA 253 attempted terrorist

Le président Obama a parlé “d’échec” des services de renseignement. Il a mentionné le fait que les informations détenues n’avaient pas été connectées…
C’est effectivement un échec de notre “Intelligence” et de nos services. Nous n’avons pas identifié le terroriste. Mais c’est finalement totalement compréhensible. Vous vous souvenez du jeu que l’on faisait lorsqu’on était enfant ? Relier les points avec un crayon et cela forme un dessin : “connecting the dots”. Et bien ce n’est pas aussi simple que cela. Je comparerais la situation plutôt à un puzzle de plusieurs milliers de pièces renversées sur la table et dont on vous enlèverai l’image modèle ! Je ne dis pas que c’est impossible de contrer une attaque terroriste, mais qu’il est hautement improbable de détecter chaque individu qui serait dangereux.
La précédente administration parlait de “guerre contre le terrorisme”. Le gouvernement actuel a abandonné la terminologie, mais il s’agit bien d’un conflit global : Abdul Farouk Abdulmutallab est nigérian, il a été formé au Yemen, il a pris un avion pour les Pays-Bas dans l’espoir de se faire sauter au-dessus des Etats-Unis ! Si l’on regarde les choses de façon réaliste, il y aura d’autres personnes que nous n’arriverons pas à identifier. Il faut regarder au cas pas cas, tirer les leçons de chacun de ces actes.

TSA regulations

Y a-t-il eu un échec inhérent au système de renseignement américain ?
Comme je le disais, la nature de la menace et du défi est globale, internationale. L’effort fourni doit donc être global. Les services de renseignement américains sont très dépendants des autres pays, de nos partenaires dans le monde entier. Aujourd’hui, il y a des efforts comme il n’y en a jamais eu, de la part de tous les services de police et de renseignement. Ces efforts ont pu réduire la capacité d’Al Qaeda à organiser une attaque à grande échelle. Ils sont désormais obligés de préparer des projets plus petits, à partir des “antennes” locales. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis ont détecté et empêché quarante-quatre tentatives d’attentats venant de son propre sol, ces dernières années. Dans ce conflit, il n’y a pas de champ de bataille. Le front se situe dans tous les recoins du globe.

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