Iran : “Ce que doit faire Obama” - France USA Media

Iran : “Ce que doit faire Obama”

Los Angeles (Californie) - France USA Media

Gary Sick, professeur à l’université Columbia à New York, est spécialiste des relations entre les Etats-Unis et l’Iran. Il était membre du Conseil national de sécurité sous les presidents Ford, Carter et Reagan à la Maison Blanche. Il nous accorde un entretien exclusif sur le dossier brûlant du nucléaire.

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En arrivant au pouvoir, Barack Obama a voulu changer d’approche vis-à-vis de l’Iran. Où cela a-t-il mené?
Le président Obama a voulu changer de ton. Il a voulu engager des discussions sans pré-conditions avec Téhéran. Mais en même temps, il s’est entouré de personnes qui ne faisaient que prôner plus de sanctions. Plus précisemment, ces conseillers voulaient bien montrer que les Etats-Unis tendaient la main, tout en étant persuadés que l’Iran la rejetterait et donc que l’on pourrait alourdir les sanctions. Je n’ai jamais compris cette position. Résultat, on agite la menace de sanctions, mais l’Iran n’a pas changé sa position.

Dans les faits, il y a eu deux séances de négociations à Washington, façon très business. Et il y a de quoi être tout de même un peu optimiste : les Iraniens ont discuté très sérieusement, en étant ouverts. Les négociateurs présents ont accepté la proposition des occidentaux d’exporter une partie de l’uranium afin de l’enrichir à l’étranger. Mais lorsqu’ils sont rentrés à Téhéran, leur droite et leur gauche leur ont dit “non”. Bref, ils avaient accepté une offre sans s’assurer que le gouvernement les soutiendrait. Lorsqu’ils sont revenus à Washington la deuxième fois, les Américains ont rejeté en bloc ce refus. Mais au lieu de dire à l’Iran : “dites-nous ce à quoi vous êtes ouverts”, on a claqué la porte en disant que ce retournement était inadmissible.

IRAN USA

L’Iran a déclaré il y a quelques jours vouloir augmenter l’enrichissement de son uranium. Est-ce un échec de la communauté internationale ?
J’ai toujours estimé que l’Iran serait prête à enrichir l’uranium à l’étranger. A nous d’être sûrs qu’ils obtiennent ce qu’on leur a promis ! Finalement, c’est plutôt à l’Iran d’être sceptique quant aux positions des occidentaux. Les Etats-Unis auraient dû dire : “on peut discuter de beaucoup de choses, continuons de négocier”.
Actuellement, le régime en place est confronté à de graves problèmes intérieurs. C’est la raison pour laquelle pour l’instant rien ne bouge. Mais nous n’avions rien à perdre à laisser la porte des négociations ouvertes. C’est une erreur stratégique.

Obama Iran

Que doit faire l’administration Obama aujourd’hui ? Envisager plus de sanctions ?
Je ne dis pas que les sanctions soient nécessairement néfastes. A vrai dire, les sanctions déjà en place peuvent aider. Par exemple, les restrictions vis-à-vis de l’industrie pétrolière. Nous pouvons proposer de les lever partiellement en échange d’obtenir un meilleur accès aux sites nucléaires. C’est donc un levier. D’autre part, la menace de plus de sanctions peut s’avérer efficace pour forcer les Iraniens à revenir à la table des négociations. Mais à l’heure actuelle, tout le monde bluffe pour essayer de revenir négocier à ses propores conditions. C’est donc tout de même beaucoup moins alarmant que d’être dans une phase d’impasse ou d’escalade.

Est-ce le meilleur moment pour négocier, sachant que le gouvernement iranien est fortement contesté ?
Nous devons faire avec le gouvernement qui est en place, c’est ainsi. Lorsque le président Obama est arrivé, c’était déjà le même gouvernement. Le “mouvement vert” (le mouvement de contestation, NDLR) est puissant et profond, même s’il vient d’essuyer une défaite le 11 février dernier. Mais cela ne signifie pas que le gouvernement en place est incapable de prendre de décisions.
A Washington, certains disent que l’on légitime le régime en cherchant à négocier et que l’on affaiblit l’opposition. Mais si le mouvement vert dépendait de nous, de notre action, il serait de toute façon condamné à l’échec. A nous, Américains, d’utiliser les négociations sur le nucléaire pour dire au régime que nous ne soutenons pas la répression et le non-respect des Droits de l’homme. Je ne vois pas pourquoi nous ne pouvons pas faire ces deux choses en même temps !

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