Les dessous du monde de l’art - France USA Media

Les dessous du monde de l’art

sheenaArgent, art, corruption et trahison, tels sont les ingrédients du documentaire The Art of the Steal (L’Art du vol avec un jeu de mots sur Still Art qui signifie Nature morte) qui vient de sortir sur les écrans américains.

Découvert à à l’occasion du festival international du film de Toronto en septembre 2009, le film nous plonge dans les méandres de la bataille pour le contrôle de l’une des plus importantes collections d’art au monde : celle d’Albert Barnes. Cet amoureux de l’art, qui a fait fortune en découvrant un antiseptique au début du 20e siècle, a amassé une vaste collection de toiles post-impressionnistes et modernes aujourd’hui estimée à plus de 25 milliards de dollars.

Tout commence à la mort du “Doctor Barnes”, qui avait pris les devants en écrivant sur son testament ce qu’il voulait qu’il advienne de sa collection, exposée dans sa paisible maison du comté de Merion en Pennsylvanie. Mais d’autres en ont décidé autrement, et les centaines de toiles sont sur le point d’être transférées dans un musée de Philadelphie.

A priori, pas de quoi sauter au plafond avec un scénario pareil. Mais Don Argott, le réalisateur de The Art of the Steal, veut nous en convaincre : “c’est une vraie saga qui dévoile les côtés sombres de la nature humaine.”

Albert Barnes était en avance sur son temps. Lorsqu’il créé sa fondation dans les années 20, il a pour ambition de rendre l’art accessible à tous, et pas seulement à l’élite. A l’époque de la ségrégation, il veut que ses oeuvres soient également appréciées sans discrimination de couleur de peau ou de richesse.

“Sa maison de Merion (en Pennsylvanie) met l’art en valeur de façon très particulière”, souligne la co-réalisatrice du documentaire Sheena Joyce. L’accent était avant tout mis sur l’éducation. Albert Barnes refusait d’ailleurs le terme de musée pour décrire sa maison, et lui préférait celui de centre pédagogique. L’endroit n’était d’ailleurs ouvert qu’un ou deux jours par semaine au public qui devait appeler à l’avance pour réserver sa visite.

sheena-1A la mort du millionnaire en 1951 s’engage une formidable bataille qui vise à déplacer la collection à plusieurs kilomètres de son lieu historique, à Philadelphie. Une véritable trahison pour un petit groupe vocal constitué essentiellement d’anciens étudiants de la fondation. Car Barnes avait stipulé noir sur blanc qu’il ne souhaitait pas que sa collection aille servir de “toile de fond pour l’élite conservatrice” de la ville de la côte est.

Albert Barnes savait son art était avidement convoité par le monde politique, économique et culturel de la grande ville voisine. Il a donc confié la gestion de sa fondation à un groupe d’administrateurs et inscrit sur son testament que ses oeuvres ne devaient jamais être prêtées, vendues ou transférées.

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Les réalisateurs du film prennent alors fait et cause pour ce chevalier blanc de l’art et montrent le cynisme avec lequel les différentes institutions se serrent les coudes pour contourner le testament du collectionneur. “Notre film a fait l’effet d’une bombe car il montre les dessous du monde de l’art”, explique Don Argott.

Petit à petit, à force d’interviews avec les différents protagonistes de l’histoire, le film détricote cet imbroglio juridico-artistique qui entoure l’avenir de la collection Barnes. Pourquoi est-ce si controversé? Car cet art, selon Barnes et ses partisans, n’avait pas vocation à être purement commercial. Or c’est justement ce que ses détracteurs veulent en faire. Le gouverneur de l’Etat de Pennsylvanie ne déclare-t-il pas dans le film que cette collection est idéale pour booster le tourisme à Philadelphie?

“Derrière les toiles transférées d’un endroit à l’autre, ce film montre que l’art n’est rien de plus qu’un produit de grande consommation”, souligne le réalisateur. “J’ai voulu montrer le cynisme des gens de pouvoir qui ne pouvaient pas tolérer que ces toiles inestimables ne généraient pas plus d’argent et qu’il fallait qu’ils en prennent le contrôle.”

Transféré à Philadelphie sur des murs blancs, les toiles “perdent leur majesté, leur spécificité, elles sont présentées dans un environnement stérile et anonyme”, ajoute la co-réalisatrice et conjointe Sheena Joyce, faisant référence au musée Benjamin Franklin Parkway de Philadelphie.

The Art of the Steal a un parti-pris, et ne manque pas de susciter de vifs débats, au-delà du monde feutré des fondations d’art. Le documentaire devrait sortir fin 2010 sur les écrans français.

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