Réforme de la Santé : les leçons politiques
Par Guillaume Serina | 26/03/2010 | Catégorie: Hebdo, Politique US, SlideshowL’adoption de la loi réformant le système de santé américain, voulue par le candidat Barack Obama, clôt un an de débats, de polémiques, de peurs et d’espoirs. Cette loi, correspondant à la première année du mandat du démocrate, devrait marquer sa présidence.
Mais quelles leçons politiques peut-on tirer de cette victoire apparente ? Stu Rothenberg, journaliste à Roll Call, le journal de référence à Capitol Hill, et éditeur du Rothenberg Political Report, couvre l’actualité washingtonienne depuis vingt ans. Il prend du recul et analyse pour Le Ben Franklin Post la situation politique aux Etats-Unis en ce printemps 2010. Entretien.
La réforme du système de santé tant voulue par Barack Obama a enfin été votée, après un an de débat. Est-ce réellement une victoire pour le président et les démocrates ?
Le passage de cette loi aide les démocrates à éviter le scenario catastrophe : se présenter devant les électeurs aux Midterms de novembre sans avoir rien accompli en deux ans. Au moins, ils auront un bilan sur lequel s’appuyer et pour motiver leur base. Mais cette loi ne satisfait réellement personne. Ni les conservateurs, ni les libéraux, à la gauche du Parti démocrate. Finalement, je ne pense pas que cela va radicalement changer les choses politiquement.
En termes de bilan, l’impression de cette année écoulée est le désordre. Il a fallu un an pour arriver à ce compromis ! Or, tout le monde dit que la Maison Blanche et le Congrès auraient dû s’attaquer au problème de l’emploi plutôt que de la santé. Les électeurs se disent donc que, décidemment, cette administration dépense beaucoup : après le stimulus, le refinancement de l’industrie automobile, des banques et assurances, ça fait beaucoup. La réputation du “Big Government” va revenir.
L’approche bipartisane du président a volé en éclat. Qu’est-ce que cela révèle sur le fonctionnement de Washington ?
Effectivement, l’élite politique s’est encore plus pôlarisée. Encore plus que sous la présidence de Bush, ce qui était difficile à croire ! Cette loi sur le Health Care a été passée sans aucune voix républicaine au Sénat ! Aucune !
Désormais, les activites, les lobbyistes, les bloggers, les militants dans les partis se font entendre et peuvent s’organiser grâce à internet. Donc il sera à l’avenir très difficile de trouver un thème trouvant aisément un consensus. Peut-être la réforme de la poste ? Ou l’immigration ? Mais sur l’environnement ou la fiscalité, ce sera impossible.
Comment expliquez-vous la radicalisation de certains groupes de conservateurs ou de libéraux ?
Cette colère, parfois cette violence, est un problème culturel. L’internet, les chaînes d’information du câble, les groupes d’intéret : aujourd’hui, tout le monde s’adresse à son propre groupe, à des gens de la même opinion. C’est du narrowcast (diffusion étroite) au contraire du broadcast (diffusion large) né dans les années 1960. Les media ont une grande part de responsabilité dans ce déferlement qui privilégie l’émotion au détriment de la raison. D’ailleurs, l’audimat de Fox News (conservatrice) et de MSNBC (libérale) augmente, alors que celui de CNN (la moins marquée politiquement) baisse. Donc, on assiste à constamment plus de polémiques, de controverses, à cause de gens comme Glenn Beck (Fox) ou Keith Olbermann (MSNBC).
Finalement, c’est la démocratisation des media qui a permis de faire émerger des opinions plus radicales, que l’on entendait pas auparavant. Il n’y a plus de débat politique civique aux Etats-Unis.
L’opposition systématique des républicains est-elle une stratégie payante ?
Oui. Au moins sur le court terme. C’est la bonne chose à faire pour eux politiquement parlant, tant que le public ne voit pas trop que c’est une tactique ! Ils peuvent dire : “les démocrates ne nous ont pas tendu la main”, même si ce n’est pas forcément vrai. “Ils ont une majorité de 260 représentants à la Chambres, de 60 sénateurs et ils n’ont rien fait pour l’emploi”. Tant que l’économie se porte mal, tant que le chômage est élevé, c’est une stratégie qui est efficace. Mais c’est du court terme.
Après un an au pouvoir, comment Barack Obama est-il perçu dans le microcosme ?
Les démocrates sont toujours fiers de l’avoir comme président. Evidemment, certains ont été déçus des compromis sur l’avortement ou l’option publique dans le débat sur la santé. Au début, les républicains étaient pétrifiés. Ils ne savaient pas comment critiquer ce président. Aujourd’hui, ils sont très confiants pour les Midterms de 2010, mais ils se surestiment beaucoup trop pour la présidentielle de 2012. On entend déjà des voix dire “Obama ne fera qu’un seul mandat”, mais c’est ridicule. Les électeurs ne se décident pas trois ans à l’avance. Mais globalement, tout le monde dans le sérail admire ses qualité de communication.




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