11 septembre : “L’Amérique a oublié ses pompiers”
Par Guillaume Serina | 02/04/2010 | Catégorie: Hebdo, Slideshow, SociétéNew York - France USA Media
Alexis Buisson
Le mois dernier, un juge fédéral s’opposait au versement par la ville de New York de 575 millions de dollars d’indemnités à 10 000 malades du 11 septembre. Pour ces héros oubliés, le combat pour la reconnaissance continue. Un pompier raconte.
Le 11 septembre 2001 au matin, le téléphone de Kenneth Specht sonne frénétiquement. Ce pompier du Queens avait fêté, la veille, le match d’ouverture du championnat de foot américain. Il avait décidé de prendre sa matinée. Après de nombreux appels manqués, il écoute ses messages : « Allume ta télévision », lui ordonne son premier interlocuteur. Specht s’exécute : l’apocalypse s’affiche à l’écran. A quelques kilomètres de là, les deux tours jumelles se sont écroulées, une épaisse fumée noire se dégage du sud de Manhattan. Choqué, il enfile son équipement et se rend sur place, après un détour par sa caserne. Depuis l’âge de 27 ans, il officie dans les quartiers chauds de New York. Mais la situation à Ground Zero ne ressemble à rien de connu. « C’était l’atmosphère la plus toxique au monde, se souvient-il. Nous rampions dans ce gros tas de débris fumant. Dieu seul sait ce qu’il y avait à l’intérieur. »
Il apprendra trop tard que le tas dans lequel il a évolué pendant des mois, parfois jour et nuit, était rempli d’amiante, de mercure et de matériaux radioactifs.
De tous les personnels impliqués dans les opérations de secours au lendemain des attentats, les pompiers ont payé un tribut particulièrement lourd: Aux 343 d’entre eux morts dans l’effondrement des tours s’ajoutent près de 14 300 autres, actifs et retraités, suivis par le FDNY (Fire Department of New York) pour des maladies contractées à la suite de leur intervention à Ground Zero. En 2002 et 2003, respectivement 1216 et 1201 pompiers ont pris une retraite anticipée, contre une moyenne de 544 entre septembre 1999 et 2001, conséquence de l’explosion des cas de maladies psychologiques et physiques (complications cardiaques, respiratoires…) liés au 11 septembre.
« Nous devions dégager les corps, parfois d’autres pompiers, et les amener à la morgue. Les autres (les policiers, les ferronniers et personnels de nettoyage, ndlr) n’ont pas eu à faire ça », note-t-il.
L’état de santé de Kenneth Specht se dégrade quatre ans après les attentats. Cela a commencé par quelques douleurs abdominales, puis l’année d’après, il est transporté aux urgences atteint d’une infection à la vésicule. En 2007, nouveau coup dur, il apprend qu’il souffre d’un cancer de la thyroïde. A 40 ans, il est en retraite forcée. « Je n’aurais jamais imaginé de tomber aussi malade », avoue-t-il.
Aujourd’hui, son combat n’est plus uniquement médical, mais politique et légal. En 2008, Kenneth Specht créait la NYC Firefighter Brotherhood Foundation pour défendre les pompiers tombés malades ou blessés dans l’effondrement des tours. Lui et dix mille autres premiers-secours sont en procès contre la ville qu’ils accusent de les avoir précipité à la mort, sans protection. Huit ans et demi plus tard, la justice n’a toujours pas tranché. Dernier rebondissement en date : le mois dernier, un règlement à l’amiable a été suspendu par un juge fédéral au motif qu’il n’était pas assez transparent.
« Avec le recul, je pense que nous n’avons pas travaillé de la bonne manière. Tout ce que nous avons appris pendant notre formation de pompier a volé en éclat ce jour-là. Nous ne prenions aucune précaution, concède l’ex-pompier. Mais nous aurions dû avoir des protections, comme des masques. Dans l’urgence, je comprends que la Ville n’ait pas pu nous les fournir mais quand l’activité a ralenti dans les semaines qui ont suivi, nous aurions dû en avoir. La nourriture n’était même pas servie dans un périmètre protégé. Nous mangions la poussière !»
Sur le long terme, Specht milite pour le passage du projet de loi « John Zadroga » nommé d’après un policier décédé au terme de maladies respiratoires post-11 septembre. Le texte, présenté l’an dernier, prévoit la création d’un système d’indemnisation et de traitement médical pour les malades et leur famille.
Cependant, il n’a pas de mots assez durs pour condamner l’apparent désintérêt de Barack Obama pour la loi, toujours en discussion devant les commissions parlementaires. « Obama est un Président à la con. Je ne comprends pas pourquoi il ne soutient pas cette loi ».
L’époque où les politiciens s’affichaient aux côtés des « héros » du 11 septembre semble bien lointaine : « Nous avons la chance dans ce pays d’avoir la possibilité d’aspirer au bonheur et de n’être responsable que devant nos familles. Mais on oublie rapidement que sans le sacrifice de nos vétérans et de nos pompiers, ça ne serait pas possible. Le 11 septembre était un deuxième Pearl Harbor. Dans ce cas-ci, les soldats étaient les pompiers. Mais comme eux, l’Amérique les a oubliés. »



[...] septembre : "l’Amérique a oublié ses pompiers" Guillaume Serina pour franceusamedia.com 2 février [...]
lamentable ! pas forcement pour se site ! ( je ne suis pas assez informé sur le sujet ) ! mais 343 pompiers mort en un jour ? 2 caserne detruite ? plus ? et je viens de voir sa maintenant ! ils merite un sacré hommage! mort comme vivant !