Le crépuscule de la MGM
Par Guillaume Serina | 23/04/2010 | Catégorie: Culture, Hebdo, SlideshowLos Angeles (Californie) - France USA Media.
C’est un pan entier de l’histoire du cinéma qui se trouve actuellement au bord de la ruine. La fameuse MGM - pour Metro Goldwyn Mayer, du nom de ses fondateurs - accuse une dette de 3,7 milliards de dollars. Deux scenarii, dignes d’un mauvais film, semblent dessiner son avenir proche : un dépeçage en bonne et due forme pour satisfaire ses créanciers ou bien une vente, pour une valeur estimée entre 1,5 et 2 milliards de dollars. Entre temps, il est bien possible que plusieurs sociétés de productions et franchises quittent le navire, comme cela pourrait être le cas pour James Bond.
Car les fans de l’agent 007 devront prendre leur mal en patience. Le 23ème épisode de la série cinématographique la plus connue au monde - on estime à plus d’un milliard de personne qui ont déjà vu un “Bond” une fois dans leur vie ! - est repoussé jusqu’à nouvel ordre. “A cause de l’incertitude qui règne sur l’avenir de la MGM (le studio Metro Goldwyn Mayer) et de l’échec de sa vente, nous suspendons jusqu’à nouvel ordre la préparation de Bond 23″, ont déclaré mercredi dans un communiqué Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, patrons de Eon Production, la société qui produit tous les James Bond depuis son origine. “Nous ne savons pas quand le développement pourra reprendre et nous n’avons pas de date fixée pour la sortie du film”, concluent-ils. Daniel Craig, titulaire du smoking, a simplement fait part de “toute (sa) confiance dans la décision de Michael et Barbara” et s’est dit “impatient de reprendre la préparation du tournage”.
Ce n’est pas une surprise. A Hollywood, tout le monde connaît les problèmes financiers, chroniques, de la MGM, pourtant l’une des sept majors. Pour les banques, les 3,7 milliards de dette, c’est trop. Elles ont demandé la mise sur le marché du studio pour le vendre, ou alors une restructuration du capital. Warner Bros. a fait une proposition de rachat à 1,5 milliards. Selon le Los Angeles Times, le dossier serait encore à l’étude. Le studio, aujourd’hui propriété d’un consortium de sociétés comme Texas Pacific group (fonds d’investissement), Comcast (opérateur cable) ou Merchant Banking (banque), ne peut en tout cas plus survivre dans l’état actuel.
Cela ne veut pas dire pour autant que la franchise “Bond” soit menacée. Le communiqué de Eon Production serait en fait une menace voilée, afin de mieux faire re-bond-ir la série…chez un concurrent. “Eon est l’une des productions les plus discrètes du milieu, affirme un bon connaisseur du milieu. S’ils ont décidé de communiquer, ce choix est stratégique”. Les producteurs mettent donc la pression sur la MGM. “C’est une façon de leur dire : dépêchez-vous de trouver une solution, sinon nous irons voir ailleurs”, ajoute cet observateur. De fait, Sony Pictures-Columbia est déjà officieusement sur les rangs. Déjà partenaire sur les cinq derniers films, notamment dans la distribution, Sony piafferait d’impatience pour récupérer l’agent 007. Il faut dire que Bond rapporte beaucoup. “Casino Royale”, en 2006, a fait près de 600 millions de dollars au box office mondial.
Fondée en 1924, produisant le premier film alliant Technicolor et son dès 1928, la MGM a connu son apogée dans les années 1950. On compte à son “palmarès” Ben Hur, qui a gagné 11 oscars (une performance seulement égalée en 1997 par “Titanic”), “Autant en emporte le vent” ou encore “Le magicien d’Oz”. Ses stars sous contrat direct s’appelaient alors Clark Gable, Greta Garbo, Jean Harlow, Fred Astaire…Mais même lors de ses plus belles années, les divers dirigeants du studio ont toujours connu des désaccords. Plus récemment, la MGM était passée entre les mains de l’homme d’affaire italien Giancarlo Parretti et même de celles du…Crédit Lyonnais.
Mais aujourd’hui, les problèmes sont structurels. “La MGM s’est trop concentrée sur la production de films, analyse Carl DiOrio, journaliste au “Hollywood Reporter”. Et avec le déclin du DVD, le poids de la dette était devenu une bombe à retardement”. Contrairement à ses concurrents Fox, Paramount ou Universal, la MGM n’est pas adossée à un plus grand groupe de communication. “Elle n’a jamais été intégrée à des structures comme News Corp. (Fox) ou Viacom (Paramount)”, reprend DiOrio. Conséquence : lorsqu’il s’agit de produire des films très coûteux - un phénomène progressant à Hollywood - les poches du studio ne sont pas assez profondes. Un seul espoir, la gestion d’archives fabuleuses. You Tube a sauté sur l’occasion et diffuse désormais en intégralité certains de ses films. Le lion rugira-t-il encore longtemps ?

