Nucléaire : la doctrine Obama - France USA Media

Nucléaire : la doctrine Obama

Washington D.C. - France USA Media

Nicolas Pinault

Obama Russia START Treaty

Semaine décisive pour le Prix Nobel de la Paix 2009, Barack Obama. Alors qu’il a signé jeudi un nouveau traité START (traite de réduction des armes stratégiques) avec son homologue russe, à Prague, le président américain, partisan d’un monde dénucléarise, a dévoilé cette semaine sa doctrine sur l’utilisation par les Etats-Unis de l’arme atomique. Une première depuis la fin de la Guerre Froide.
Matthew Bunn, professeur associé à l’université de Harvard, est spécialiste des questions de sécurité et de non-prolifération nucléaire. Il revient pour le Ben Franklin Post sur les enjeux de la nouvelle stratégie des Etats-Unis. Entretien.

L’Amérique veut restreindre considérablement les conditions d’utilisation de l’arme nucléaire. Que faut-il penser de l’annonce par Washington  de ne pas s’en servir contre des États qui ne possèdent pas cette technologie et qui se conforment au Traité de non-prolifération ?
Cette annonce intervient un an après le discours de Prague où Barack Obama s’est engagé en faveur d’un monde sans armes nucléaires. Même si c’est un objectif à long terme, cette nouvelle stratégie est fondamentale. Il s’agit d’un signal fort envoyé aux pays qui respectent les traités en vigueur sur le nucléaire. Cela renforce aussi la légitimité de la communauté internationale et la crédibilité des Etats-Unis aux yeux du monde.

Pourquoi ?
L’équilibre fondamental du monde est basé sur une négociation permanente entre ceux qui ont l’arme nucléaire et ceux qui ne l’ont pas. Les premiers s’engagent à réduire leur stock, voire à se désarmer, si les derniers renoncent à se doter de l’arme nucléaire sous vérification internationale.

Deux exceptions à cette nouvelle doctrine : l’Iran et de la Corée du Nord qui restent des cibles potentielles. Selon la Maison Blanche, ces deux pays ne respectent pas les règles du jeu.

Comment vont-ils réagir selon vous ?
C’est une erreur de les pointer ainsi du doigt. On donne un argument supplémentaire aux durs du régime à Téhéran ou Pyongyang qui pourront dire : « les Etats-Unis nous menacent explicitement. » D’un autre côté, je ne pense pas qu’ils aient attendu la nouvelle stratégie américaine pour penser à la bombe atomique.

USA Russia

Certains accusent déjà Barack Obama d’affaiblir considérablement la force de dissuasion de l’armée américaine. Quel est votre avis ?
Je crois, au contraire, que la stratégie dévoilée par le président Obama va dans le bon sens si l’on souhaite reléguer le nucléaire au second plan des relations internationales. Prenez les relations sino-américaines, on parle souvent du taux de change du yuan mais jamais de la bombe atomique. A mon avis, c’est une bonne chose. Il y a quarante ans cela se serait peut-être passer autrement. En fin de compte, au fil des années, il devrait de moins en moins être question du nucléaire sur le plan diplomatique. Cela ne devrait plus être un sujet de confrontation.

Les Etats-Unis et la Russie se sont mis d’accord pour signer un nouveau traité START. Est-ce un bon accord ?
Il va dans le bon sens. Les deux pays disposent de sept années après ratification pour parvenir à une réduction d’environ un tiers des stocks russe et américain. Ils passeraient chacun de 2.200 à 1500 ogives nucléaires. C’est un bon début même si les objectifs auraient pu être plus ambitieux. Toutefois, le projet de bouclier anti-missile américain laisse planer un doute sur la volonté des Russes de respecter le nouvel accord.

Atomic Cloud over Nagasaki

Quelle est la réalité de la menace nucléaire aujourd’hui ?
Il y a d’abord l’immense stock d’armes nucléaires accumulé durant des décennies de Guerre froide. Cela laisse toujours planer un risque d’accident, voire d’attaque, si des personnes mal intentionnées s’en emparaient. On est loin du scenario de science-fiction. Le danger est réel de la part des différents groupes terroristes qui agissent à travers le monde. C’est pour faire face à cette menace que Barack Obama va recevoir à Washington (12 et 13 avril) des représentants de 47 pays pour un sommet sur la sécurité nucléaire.

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