Ruée vers l’or : l’incroyable aventure des Françaises - France USA Media

Ruée vers l’or : l’incroyable aventure des Françaises

Los Angeles (Californie) - France USA Media.

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21ème siècle - 19ème siècle. Monter dans la machine à remonter le temps s’avère un exercice un peu troublant lorsqu’on écoute Nirina Ralantoaritsimba. Cette jeune femme franco-malgache, professeur de Français Langue étrangère, travaille actuellement sur une thèse de littérature analysant les récits de voyage de Françaises ayant fait le grand voyage de l’Ouest américain, en pleine “ruée vers l’or”. Bizarrement, elle aussi a “tout plaqué, du jour au lendemain” pour aller vivre et enseigner à San Diego (Californie). Quatre ans d’expériences fortes, qui résonnent encore dans sa tête et dans son coeur. Ces femmes semblent lui parler directement. Et nous parlent, témoignant à la fois de l’effervescence californienne du Nouveau Monde et d’un état d’esprit français de l’époque. Entretien.

En découvrant vos sources, quelle a été votre première sensation ?

Toutes ces Françaises ont écrit des récits de voyage, à leur retour en France. Elles ont répondu à l’attrait de la ruée vers l’or, dans l’Ouest des Etats-Unis dont on entend parler pour la première fois en 1848, dans un journal de New York. Il faut attendre un an supplémentaire pour que la nouvelle arrive en Europe.

Ce qu’il y a de frappant avec l’Amérique d’aujourd’hui, c’est cette spiritualité tant liée à l’esprit pionnier. Cette foi que tout est possible. C’était il y a cent cinquante ans, et c’est pourtant encore très présent sans le corpus de la société californienne.

Madame de Saint-Amant, votre première “héroïne”, est partie toute seule…

Oui. Nous avons accès à son récit grâce aux lettres qu’elle envoie à son mari et qui ont été publiées par la suite dans le “Journal des débats”. Elle a une trentaine d’années et, vers 1849, elle prend connaissance de cette “ruée vers l’or”. Cette Parisienne part quasiment immédiatement, en juillet 1850. Toute seule. Son mari est apparemment commerçant et a de l’argent. Son but est de monter un magasin à San Francisco. Et elle se lance dans l’aventure ! Elle fait environ trois mois de navigation, passe par l’isthme de Panama. Madame de Saint-Amant manque de mourir plusieurs fois, voyageant en pirogue, échappant au cholera, etc. Le plus fou, c’est que ses lettres parviennent bien à son mari, à Paris !

En arrivant à San Francisco, elle écrit beaucoup sur les autres. Elle parle de “la plus grande fourmillière du globe”. Elle mentionne toutes les nationalités, toutes les langues de la cité californienne. En même temps, elle apparaît raciste envers les Noirs, faisant écho au débat sur l’esclavage en France à l’époque. “Je ne vois que face noire”, écrit-elle, ou parle encore de “singes habillés”. Enfin, elle apparaît nostalgique de la monarchie.

Dans quelles circonstances part Louise Bourdonnaud ?

Cette femme d’une quarantaine d’année, également parisienne, est veuve. Nous savons simplement que son mari était un architecte, collaborateur du baron Haussmann. Elle part pour l’Amérique en 1880. Nous savons qu’elle a déjà voyagé beaucoup, ayant de l’argent : Europe, Asie et même tout le continent américain (Nord et Sud) vers 1885-87. Je me suis amusé à l’appeler “la touriste blasée”. Elle se plaint tout le temps et ne cache jamais sa fierté d’être française. Passant par New York, elle la qualifie de “ville trop moderne”. Elle prend ensuite le train d’Est en Ouest, une expérience hors du commun pour une femme seule. Dans son récit, elle parle des passagers, se révélant, elle aussi, assez xenophobe: les Américains sont des “malappris”, les Noirs des “effrontés”. Une fois arrivée à San Francisco, Louise Bourdonnaud pointe surtout les Chinois, les critiquant à longueurs de pages. Toutefois, elle admire le dynamisme, l’énergie et la capacité à rebondir des Américains. Et même de tout reconstruire après les nombreux incendies dans la ville.

Votre troisième étude nous fait entrer dans le 20ème siècle. En quoi Thérèse Bentzon est-elle différente ?

Effectivement, elle part après 1900. Elle est plus proche de nous à plusieurs égards. D’abord elle est anglophile. Journaliste, elle a travaillé avec George Sand et est chroniqueuse dans “La Revue des deux mondes”. “Thérèse Bentzon” est d’ailleurs un pseudonyme. Elle prend le même train que Louise Bourdonnaud, mais, contrairement à cette dernière, elle s’extasie de cette expérience. Elle mentionne les “sleeping car Pullman”, l’efficacité de l’agent et des baggagistes du train, des machines à écrire à disposition des passagers ! “On voyage sur le dos des fées”, écrit-elle. Cette femme d’affaire va jusqu’à Seattle (Etat de Washington), pour ouvrir un bureau d’information pour une sucrerie. Elle voyage aussi à Los Angeles, Pasadena et San Diego. Thérèse passe la Noël de 1901 à San Francisco. Elle y était déjà passé un mois auparavant, et elle souligne la “transfiguration” de la ville en trente jours, témoignant ainsi de l’incroyable dynamisme de cette ville.

Plus amusant, et apparemment amoureuse de la Californie, elle conseille les hommes et les femmes français de s’y installer pour y trouver l’amour ! Elle aime “le type de l’Ouest”, parle des hommes “robustes et forts”, sur qui on peut compter. “Ici, les femmes choisissent leur mari”. Les hommes sont de “bonne camaraderie” jusqu’au mariage puis, après l’union, “très fiables”.

Quelles leçons tirez-vous de cette étude ?

J’ai été frappée de découvrir que la plupart des observations faites par ces voyageuses du 19e-début 20e résonnaient complètement avec les miennes au 21e. Les mythes américains qu’on connaît, du self-made man, du pragmatisme, du “goaheadisme” (néologisme que j’ai trouvé dans certains récits), de la force du rebond, de l’optimisme, l’énergie, tout cela est bel et bien né en Californie, les voyageuses en témoignent toutes. Il est bouleversant de lire ces récits à la première personne, car on entre vraiment dans la vision singulière, dans le destin  unique de Françaises ayant tout quitté pour partir à l’aventure.

Ce qui me touche, c’est que dans les personnalités des Américains que je rencontre et parmi mes amis, je retrouve les traits de ces pionniers du Golden State. Alors que ces mêmes Américains du 21e siècle ignorent parfois leurs racines qui sont si complexes, amalgames de tant de nations depuis des décennies, des siècles.

J’ai l’impression que la Ruée vers l’or n’a jamais vraiment fini : autrefois on venait avec la fièvre de l’or, dans l’espoir de faire fortune et de changer de vie, aujourd’hui, on vient parce qu’en Californie la douceur de vivre fait rêver tous les Américains, parce que c’est le berceau des Bio-tech, des neuro-sciences, du cinéma évidemment, qui fait miroiter les millions… Tous les Américains ici semblent animés par un rêve qu’il ne lâcheront pour rien au monde. Je sens cette force de la volonté dans les sourires rencontrés sur ma route. Jamais je ne les sens se laisser abattre par une quelconque désillusion. L’exaltation qu’a suscité la Californie il y a 150 ans n’a pas pas tellement perdu de sa vigueur me semble-t-il.  Moi aussi je suis partie en Californie pour changer ma vie du tout au tout, dans l’espoir du meilleur, dans le rêve de m’accomplir. Et c’est ce que la Californie m’a procuré, même au-delà de mes espérances.

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