Football aux Etats-Unis : une drôle d’histoire…et un bel avenir - France USA Media

Football aux Etats-Unis : une drôle d’histoire…et un bel avenir

Alors que le monde entier vibre pendant la Coupe du Monde en Afrique du Sud, qu’en est-il du football - ou “soccer” - aux Etats-Unis ? De sport de seconde zone il y a encore 15 ans, le ballon rond s’impose peu a peu au pays du base-ball et du basket. Son avenir semble prometteur, mais pas dominateur. Pour “Le Ben Franklin Post” Andrei Markovits*, sociologue et spécialiste de la question à l’université du Michigan à Ann Arbor, dresse l’état des lieux.

SOCCER WORLD CUP 2006

Sur la planète football, les Etats-Unis semblent être une exception. Pourquoi le football n’a-t-il jamais réellement “pris”, contrairement à l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique ?

La raison est principalement historique. Il faut revenir au début de ce sport. Dans les grandes nations industrialisées de la fin du 19ème siècle, en particulier au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, les sports d’équipe se développent très vite. La culture du sport y devient hégémonique . Dans la grande majorité des cas, il s’agit de sports avec une balle. Lorsque le football arrive aux Etats-Unis en 1863, on parle de “football association”, qui donnera ensuite le mot de “soccer” (un raccourci de “association”). Mais le base-ball est déjà très populaire en Amérique l’été. Le “football américain”, un dérivé du rugby et du football, se joue déjà beaucoup dans les écoles et les universités. Le basket-ball se développe aussi à partir de 1891 et se pratique en salle, toute l’année. Bref, quand le “soccer” arrive, il y a déjà beaucoup de sports américains déjà implantés.

Il y a eu plusieurs tentatives pour développer le “soccer”. Pourquoi cela n’a-t-il véritablement jamais fonctionné ?

Dès 1920, il y a une première tentative, mais qui n’a pas fonctionné. On se souvient surtout de l’épopée de la North American Soccer League, dans les années 70. Juste après la première Coupe du Monde télévisée dans le monde, en Angleterre en 1966, on a tenté de suivre le mouvement. Le Cosmos était la première équipe totalement globale, avec des joueurs de toutes nationalités. Pelé, Beckenbauer sont tous venus jouer aux Etats-Unis à l’époque. D’autres équipes ont véritablement été “importees d’Europe”. Le FC Dundee, du championnat d’Ecosse, s’était “transformée” en club de Boston. L’aventure a duré de 1977 à 1979 mais s’est sabordée : le financement était catastrophique.

La Coupe du Monde, organisée aux Etats-Unis en 1994, n’a-t-elle été le déclencheur espéré ?

Pendant un mois, la FIFA a “loué” l’Amérique et cela a été un extraordinaire Mondial, car nous avions de superbes infrastructures. Surtout, 100% des matchs ont affiché complet ! Les Américains ont véritablement fait la fête ! Aujourd’hui, la Coupe du Monde est très suivie aux Etats-Unis. Le “soccer” est devenu un sport “olympianisé”. C’est-à-dire que les gens regardent et vibrent pendant le grand événement, tous les quatre ans. On parle là de millions de personnes ! Mais le championnat national, c’est une autre histoire…

CONCACAF SEMIFINAL

La Major League Soccer, avec des équipes comme les New England Revolution ou les Los Angeles Galaxy, fonctionne-t-elle ?

Absolument, c’est une énorme machine, sponsorisée par les plus grandes sociétés privées comme Adidas. Elle est devenue pérene : cette fois-ci, cela ne s’arrêtera pas. Mais ce ne sera jamais la Serie A, la Liga ou même la Ligue 1. Nous avons des joueurs américains de qualité désormais, mais qui ne sont pas encore tout à fait au niveau des Européens ou des Sud-Américains. Toutefois, il y a une réelle base de fans. A Seattle, le stade de 35.000 places est rempli à tous les matchs, avec une ambiance incroyable !

Comment expliquez-vous que le “soccer” est principalement vu comme un sport de femmes aux Etats-Unis ?

C’est de moins en moins le cas. Mais oui, nous comptons parmi les meilleures équipes au monde, remportant plusieurs fois le Mondial et les Jeux Olympiques. Là encore, la raison est historique. Dans les années 70, en plein mouvement féministe, une loi fédérale a obligé les universités à comptabiliser autant de pratiquants de sports chez les femmes que chez les hommes. Le football était disponible et les filles, ne voulant pas faire du football américain ou du baseball, se sont ruées vers le soccer.

Le fait que les Latinos soient de plus en plus nombreux statistiquement dans la population est-il une bonne chose pour le développement du football ?

Oui et non. Oui car cela donne de la vigueur. En Californie, c’est formidable ! Mais la majorité des fans devient latino, il y a un risque que l’Américain moyen, “Joe six packs”, se détourne du football.

Comment voyez-vous l’avenir du “soccer” aux Etats-Unis ?

La culture football s’est bien implantée aux Etats-Unis, avec 20 millions de personnes qui pratiquent ! Le soccer ne sera jamais au niveau des trois grands - basket, foot US et baseball. Mais il a le potentiel de devenir comme le Hockey sur glace, le 4ème sport, voire plus dans certaines régions. Aujourd’hui, notre équipe masculine nationale n’est plus ridicule comme il y a quelques années !

* Auteur de :

“Gaming the world”, Princeton University Press.

“Offside : Soccer and American exceptionalism”, Princeton University Press.

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