Industrie automobile : la lutte syndicale continue
Par Isabelle Boucq | 17/06/2010 | Catégorie: Economie, Humeur du Jour, SlideshowSan Francisco (Californie) - France USA Media.

Pour le puissant syndicat automobile, le conflit d’intérêt est difficile à nier. Depuis la débâcle des grands constructeurs, United Auto Workers (UAW) possède 55% des parts de Chrysler, 18% de General Motors et 11% de Ford, obtenues pour sauver les fonds de pension des retraités. Même si l’UAW s’est déjà défait des actions de Ford, cette participation au capital n’est pas du goût de certains anciens sympathisants.
Voici deux ans, Gregg Shotwell a pris sa retraite après 30 ans chez General Motors. Pendant sa carrière, cet ancien machiniste a occupé diverses positions dans des branches locales du syndicat. Mais depuis 2005, il est devenu une épine dans le pied de l’UAW en co-fondant le mouvement Soldiers of Solidarity. « Nous avons maintenant un véritable conflit d’intérêt. Pour que les fonds de pension continuent à être positifs, le syndicat privilégie la réussite des constructeurs quitte à fermer des usines aux Etats-Unis », explique Greg Shotwell. « Un syndicat ne devrait jamais représenter personne d’autre que les salariés. »
Mais comme l’indique la date de création de Soldiers of Solidarity, la dissidence ne date pas d’hier. « La situation empire depuis 25 ans. Le syndicat a formé un « partenariat » avec les constructeurs. Il est devenu trop proche d’eux. Le résultat est que les négociations ne sont plus avantageuses pour les salariés », continue le leader de SOS. « Au début, cette idée de travailler ensemble ne semblait pas déraisonnable. Mais dans les faits, UAW a perdu plus d’un million de membres. Il y a une érosion du pouvoir du syndicat, mais aussi des salaires, des retraites et des avantages sociaux pour les salariés. »
Selon lui, les constructeurs paient les salaires de nombreux dirigeants du syndicat derrière l’écran d’associations caritatives. Dans les années 80, le mouvement New Directions a voulu créer un autre parti à l’intérieur d’UAW que Gregg Shotwell compare à l’Union Soviétique. Mais toujours selon lui, les leaders de New Directions ont été écrasés, discrédités ou achetés.
Lors d’un conflit chez Delphi, un fournisseur anciennement détenu par General Motors, en 2005, SOS s’est formé comme un mouvement de guérilla. « Nous sommes un mouvement souterrain et nous utilisons les méthodes du « work to rule ». En suivant les règles à la lettre, nous ralentissons la production et nous forçons le management à s’asseoir à la table des négociations. Nous n’avons pas de représentant visible pour ne pas subir d’intimidation », raconte Gregg Shotwell.
Il est convaincu qu’en fournissant à la base, le « rank and file », des informations et des analyses sur les contrats en cours de négociations, Soldiers of Solidarity peut contrer les arguments de l’UAW qui ne travaillent plus dans l’intérêt de ses membres. Difficile de cerner l’ampleur de la fronde contre le syndicat officiel puisque SOS et d’autres organisations de terrain n’ont pas de listes de membres ou d’élection.