“La réforme de Wall Street pose les limites des banques” - France USA Media

“La réforme de Wall Street pose les limites des banques”

Washington, D.C. - France USA Media.

Nicolas Tarka

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Article actualisé le 19 juillet 2010 : Le sénat a finalement voté, par 60 voix contre 39, la réforme du système financier américain en fin de semaine dernière. La presse américaine salue une victoire du président Obama. Le 28 mai dernier, George Ugeux décryptait pour “Le Ben Franklin Post” ce texte qui était alors à mi-chemin du processus législatif.

Nouveau succès législatif pour Barack Obama puisque le 20 mai dernier les sénateurs ont approuvé le projet de réforme du système financier. Les deux chambres doivent désormais s’entendre sur une version commune du texte.

De 1996 à 2003, Georges Ugeux a été vice-président du New-York Stock Exchange. Il dirige aujourd’hui Galileo Global Advisors et revient pour le Ben Franklin Post sur les enjeux de cette réforme, la plus ambitieuse depuis la Grande Dépression des années 1930. Entretien.

La réforme initiée par l’administration Obama va-t-elle permettre de résoudre les dérives de Wall Street ?

Ce texte a le mérite d’être réaliste et de poser les limites et les responsabilités nécessaires des banques. Il contient plus de 1 500 pages, j’ai donc quelques des doutes sur son application.

Pourtant, les attentes sont grandes pour la régulation des marchés financiers…

Vous avez raison et il faut reconnaitre que cette réforme sera particulièrement contraignante pour les banques qui avaient développé des activités spéculatives avec leurs fonds propres, le type même d’opération qui a fait connaitre Jérôme Kerviel et la Société Générale. Sous l’impulsion de l’ancien président de la Réserve fédérale, Paul Volcker, les banques devront désormais distinguer les activités spéculatives des activités pour clients. Cela peut paraître très technique mais c’est essentiel.

Dow closes up over 400 points

Et les banquiers à New-York, comment réagissent-ils ?

Je crois qu’il n’y a pas de refus sur le principe. En revanche, certaines dispositions annoncées font plus mal que d’autres et suscitent une crispation, pour les dérivés par exemple. Cela va donc diminuer la rentabilité de la spéculation. Voila leur vrai problème.

La réforme prévoit un mécanisme pour éviter la faillite des grandes institutions comme l’était Lehman Brothers. Est-ce un garde-fou efficace ?

Cela dépend car l’administration Obama intervient de manière très technique. Elle ne mentionne pas la taille maximale d’une banque mais elle se contente d’indiquer les fonds propres nécessaires selon l’activité de la banque. Le but est de créer un cercle vertueux dans lequel le risque sera limité.

Opening Bell on Wall Street

Cette loi va-t-elle protéger le consommateur américain comme le prétendent les démocrates ?

Il est indispensable d’intervenir. Les cinq dernières années ont été marquées par de graves manquements éthiques sur les prêts hypothécaires et les crédits à la consommation. Les frais imposés sur les cartes de crédit n’ont jamais été aussi élevés aux Etats-Unis alors même que les banques empruntent de l’argent à des taux historiquement bas (0,5 %). En fait, ces dernières se refont une santé sur le dos du consommateur. Mais cela ne vas durer. Le législateur veut instaurer plus de transparence afin que le consommateur sache réellement les risques qu’il prend.

Cette réforme va-t-elle porter un coup à la compétitivité de Wall Street par rapport à Londres ou Singapour ?

Il devrait y avoir un rééquilibrage. La réforme va surtout diminuer l’importance des grands établissements américains dans le système financier mondial. Auparavant, 25 % des bénéfices des sociétés américaines étaient réalisées par les banques. Elles fondaient leur rentabilité sur des activités qui n’avaient pas d’utilité sociale, sans valeur ajoutée.

La réforme financière voulue par Barack Obama est-elle plus ou moins ambitieuse que ce qui se fait en Europe ?

De mon point de vue, les mesures qui ont été prises en Europe sont quasi inexistantes en matière de réglementation. Il y a eu là-bas une fixation sur les hedge funds mais ce qui prime sur le vieux continent ce sont les réglementations nationales. Elles sont d’ailleurs plus ou moins coordonnées. Je pense que l’Europe va maintenant s’inspirer de la réforme initiée par Washington. Cela permettra de s’assurer que les banques européennes sont aussi solides et compétitives que leurs homologues américaines.

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