G20 : Explications sur la dette américaine
Par Guillaume Serina | 10/11/2010 | Catégorie: Economie, Hebdo, SlideshowParis - France USA Media.
Fanny Dassié.
Alors que la “guerre des monnaies” devrait dominer les conversations pendant le G20 qui s’ouvre en Corée du Sud, “Le Ben Franklin Post” revient sur l’endettement de l’oncle Sam et les questions globales qu’il soulève. Analyse.
« On trouve un peu partout, de nos jours, une panique, une hystérie même, de la dette et du déficit budgétaire. » C’est ainsi que James K. Galbraith, économiste et président de l’association Economists for Peace and Security, ouvre le débat sur la situation économique des Etats-Unis et leur dette externe dans un contexte de crise économique mondiale. Ce thème a été débattu lors d’un séminaire entre spécialistes économiques organisé conjointement par l’Institut Français des Relations Internationales et la French-American Foundation, le mois dernier à Paris.
Premier rappel : les Etats-Unis sont à la fois le pays le plus puissant au monde mais également le plus endetté. Selon les chiffres du département du Trésor américain, la dette souveraine américaine dépassait les 13 000 milliards de dollars en juin 2010. Les pays asiatiques, au premier plan desquels la Chine, détiennent une grande partie de la dette du pays. La Chine est ainsi le plus gros créancier avec près de 895 milliards de dollars en bons du Trésor américain.
Historiquement, les Etats-Unis vivent au dessus de leurs moyens et à crédit. Forts d’une frénésie de consommation des ménages qui dépensent plus qu’ils n’ont, ils importent massivement des biens chinois. Dans le même temps, en maintenant le Yuan sous-évalué, en jouissant d’un dollar faible et en satisfaisant aux demandes conséquentes provenant des Etats-Unis, la Chine dégage des excédents de balance commerciale. Elle accumule donc des réserves de devises en dollars et investit dans des projets de développement interne et d’urbanisation. Sa compétitivité demeure intacte grâce aux bas coûts de sa main d’œuvre.
Le pays bénéficie également d’un dollar faible, situation qui, selon Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d’Analyse économique, peut s’inscrire dans la durée. « Le dollar reste fragile et il y a une possibilité qu’il rebaisse à cause du déficit américain. » La Fed vient d’ailleurs d’injecter cette semaine 600 milliards de dollars dans l’économie, en faisant marcher “la planche à billets”.
Cette relation d’inter-dépendance profite également aux Etats-Unis qui jouent sur le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale pour financer leur endettement. Or, les Chinois ont récemment émis l’hypothèse de travailler avec une autre devise que le billet vert, selon Christian de Boissieu : « Les Chinois envoient des messages de contestation mais ils n’ont pas interêt à aller trop loin dans la contestation, » souligne t-il, sachant que 70% de la réserve de change chinois est en dollar. « Chacun des deux tient l’autre par la barbichette. »
Reste à voir ce que les chefs d’Etat décideront sur ce que l’on appelle « la guerre des monnaies » à Séoul. Quelles réponses seront apportées sur le déficit americain, à l’excédent chinois, le taux de changes ? Car c’est bien de là que proviennent les déséquilibres économiques mondiaux.
