Elections US : quand la fin justifie les moyens (2/2) - France USA Media

Elections US : quand la fin justifie les moyens (2/2)

La politique est un jeu dangereux, où tous les coups semblent permis. Et, peut- être, certains se disent que les choses vont en empirant. Mais les nostalgiques d’un temps où tout était plus sain vont être déçus. Dans son ouvrage « Anything for a Vote », Joseph Cummins revient sur ces innombrables coups tordus qui ont marqués l’histoire des campagnes politiques américaines. Seconde partie de morceaux choisis…


De la Seconde guerre mondiale à nos jours, les coulisses des campagnes présidentielles américaines continuent d’être tumultueuses. Des coups bas aux complots, il n’y a qu’un pas que les protagonistes des deux camps n’ont pas hésité à franchir à plusieurs reprises. Et si finalement la campagne se jouait essentiellement à l’abri des regards ?

Harry S. Truman

1948

En 1948, le monde réalise l’horreur qu’a été la Seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis et l’URSS sont les deux grandes superpuissances. L’Allemagne et le Japon sont en ruine. Pourtant, le président américain sortant Harry Truman est en grande difficulté. Une forte inflation et le début de la Guerre froide le mettent en difficulté jusque dans son propre camp, le Parti démocrate. Aucun observateur ne le voit battre son concurrent républicain Thomas Dewey. Lors d’un débat, Truman aurait même confié à son challenger « s’il vous plait, lorsque vous serez à la Maison Blanche faites quelque chose pour changer les canalisations. »

Lorsque la campagne débute le candidat démocrate doit également composer avec un parti divisé. Le parti progressiste présente un candidat indépendant : Henry Wallace. En face, le candidat républicain est tellement sûr de sa victoire qu’il réalise une campagne très légère. Truman décide alors de se lancer dans un incroyable rallye. Il traverse le pays en train, parcourant près de 35.000 miles et prononçant plus de 350 discours. Il en profite pour rebaptiser le Congrès à majorité républicaine le « Ne faites rien ». Malgré tous ses efforts, les sondages continuaient de le donner perdant. La presse spéculait déjà sur les membres de la prochaine administration. Le 2 novembre Truman devait perdre. Le 3 novembre, il était vainqueur.

Certains l’expliquèrent par le fait que nombre de Républicains ne des déplacèrent pas pour aller voter tellement la victoire semblait acquise. Une victoire d’autant plus méritoire que le directeur du FBI, J. Edgar Hoover, était entièrement contre lui. Il ordonna à ses agents de trouver des éléments qui pourraient discréditer Truman. Ne trouvant pas grand-chose, ils écrivirent une note suggérant que le président se voulait conciliant avec les communistes. Le candidat Dewey la livra à la presse en affirmant qu’elle avait été rédigée par l’équipe de Truman. Les phrases assassines ne manquèrent pas non plus. Alors que Truman voulait discuter avec Staline, Dewey déclara, « si le président pouvait ne pas toucher à la politique étrangère pendant encore quelques semaines, de toute façon il n’y connais rien ». La réponse de Truman fût un mime imaginaire ou l’Amérique se faisait soigner par le Dr Dewey. Et à la question « Est ce que c’est grave docteur ? » celui-ci répondait « Pas vraiment mais il faut enlever tous vos cerveaux et les remplacer par des Républicains. »

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1960

A la fin des années 50, les Etats-Unis entrent dans une nouvelle période de turbulences. Le président Dwight Eisenhower termine son 2ème mandat en pleine Guerre froide et alors que le Vietnam commence de se réveiller.  Les deux candidats à sa succession sont Richard Nixon, le vice-président républicain et John Kennedy pour les Démocrates. Ce dernier a pour principal défaut d’être catholique.  De l’autre côté, lorsque l’on demande au président Eisenhower si Nixon a déjà participer à une prise de décision majeure il répond « laissez-moi une semaine pour réfléchir et je pourrais en trouver une. »

La campagne électorale est marquée par les nombreux déplacements des candidats grâce aux nouveaux moyens de transports. Nixon tente de donner l’image d’une personne simple, calme et rationnelle. Ceci n’empêche pas l’ancien président démocrate Harry Truman de menacer les électeurs. « Si vous voter pour Nixon vous pouvez aller en enfer. » De son côté, Kennedy peine pour séduire l’Amérique profonde.  La campagne tournait donc en faveur des Républicains jusqu’à une série de débats télévisés. 60 millions d’américains suivirent le premier d’entre eux diffusé depuis Chicago. Les autres écoutèrent à la radio. Et ce qu’ils ne virent pas c’est que face à un Kennedy, beau et confiant, Nixon apparaissait fatigué et mal à l’aise. Ce n’est que plus tard qu’on apprit qu’il luttait alors contre les effets d’un anesthésiant inoculé après un choc. Ce débat fût l’un des tournants de la campagne.

Car Kennedy s’était préparé au débat de façon différente. Arrivé deux jours avant, il avait pu se reposer de sa tournée et il avait commandé une Call Girl 90 minutes avant le début de l’émission. De quoi avoir le sourire au moment de débattre avec un homme blessé…

Cette année 1960 fût sûrement l’une des élections les plus serrées de l’histoire du pays. Aujourd’hui encore, certains se demandent qui l’a réellement emporté. Les résultats officiels donnèrent Kennedy vainqueur de seulement 119.450 voix. Nixon reconnu sa défaite alors que des cas de fraudes semblaient avérés dans l’Illinois et au Texas. Dans certains comtés, les votants étaient soit plus nombreux que les personnes enregistrées soit morts depuis longtemps. Le maire de Chicago aurait alors appelé JFK pour lui dire « Mr le président, avec un peu de chance et beaucoup d’amis, il semblerait que vous ayez remporté l’Illinois. »

REAGAN, RONALD - ABCD FILES

1980

La campagne de 1980 sera beaucoup moins serrée. Le président sortant démocrate Jimmy Carter affronte l’ancienne star d’Hollywood, le républicain Ronald Reagan. Ce dernier ne brille pourtant pas par ses déclarations fracassantes. Il affirme d’abord que les sous-sols américains contiennent plus de pétrole que ceux de l’Arabie Saoudite. Il est également surpris en train de raconter des blagues racistes à des journalistes. Mais plus que tout, c’est la situation des 53 otages américains en Iran qui inquiète l’opinion publique. Carter est alors au pouvoir et il semble impuissant.

Mais une libération aurait pu faire tourner les votes en sa faveur. Reagan pouvait compter dans ses rangs 2 anciens directeur de la CIA : William Casey et George Bush Senior. Tous deux utilisèrent leurs réseaux pour entrer en contact avec les Iraniens. Ils conclurent un accord pour que les otages soient libérés après les élections. En échange ils promirent des armes au régime de Khomeini, alors en difficulté face à la menace d’une invasion Irakienne. Les otages furent libérés juste après l’investiture de Reagan. Dans une interview plus récente Ronald Reagan reconnu être au courant des tracatations avec les Iraniens. Quant à savoir s’il y a directement participé il répondit « secret défense. »

JACKIE ROBINSON HONORED

2004

Des secrets, l’élection de 2004 en cachent sûrement quelques-uns. George W. Bush est alors le président d’une Amérique en “guerre contre le terrorisme”. L’invasion de l’Afghanistan a été saluée par les deux partis, même si l’essentiel est encore absent : Oussama ben Laden est introuvable. Plus grave, la guerre en Irak ne fait pas l’unanimité. La guerre civile débute et il n’y a toujours aucune trace d’armes de destructions massives. Les démocrates s’engouffrent dans la brèche.

La victoire de Bush sur le démocrate John Kerry a fait couler beaucoup d’encre. Et dans tous les sens du terme. La campagne débuta sur des vols de pancartes. Dans une ville de Pennsylvanie 500, affiches aux couleurs du duo Bush/Cheney disparurent. Sur internet, la bataille fut égalemnt sans pitié. Une image d’une jeune femme suspectée d’être une maîtresse de John Kerry apparut sur la toile. En plein été, un groupe soi-disant indépendant de vétérans affirmèrent que John Kerry avait menti sur sa carrière militaire. Un article du Washington Post réussi tout de même à démontrer qu’un des accusateurs avait changé d’avis au cours de la campagne. John Kerry perdit un temps précieux pour démentir et beaucoup d’électeurs se retrouvèrent perplexes.

Mais c’est surtout l’élection qui posa de nombreux problèmes.  Dans l’Etat clef de l’Ohio, le secrétaire d’Etat J.Kenneth Blackwell utilisa une vieille législation pour demander que le papier pour les inscriptions au vote soit changé. Mais il invalida rétroactivement les inscriptions qui utilisaient l’ancien papier. On estime à 15 000 le nombre de personnes qui furent ainsi rayées des listes. Dans d’autres comtés, les files d’attente furent organisées pour dissuader les gens d’aller voter. En moyenne dans certaines zones plutôt démocrate l’attente atteignit plusieurs heures.  Les premiers résultats donnèrent Kerry gagnant. Puis vers Minuit la tendance changea et c’est finalement Bush qui fut déclaré vainqueur avec une avance de seulement 2%.  On recompte ?

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